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Le point de départ

Temps de travail collectif

Journal de bord - épisode 1

Pierre et moi nous sommes rencontrés à l’École 42, ce lieu singulier où finissent par se croiser des personnes venues de parcours très différents.

Lui développait déjà depuis plusieurs années. Autodidacte, il s’était formé seul, en avançant au fil de ses projets, de ses recherches et des problèmes qu’il cherchait à résoudre. Il se taillait sa route sans attendre qu’on lui indique le chemin, avec une curiosité profonde et une présence calme qui donnait envie de coder à ses côtés.

De mon côté, j’arrivais d’un autre univers. Après des études en sciences humaines, mes recherches m’avaient menée sur les traces de Jean Rouvet, instructeur d’éducation populaire resté trop longtemps dans l’ombre. J’avais découvert autour de lui des stages, des associations et des initiatives où des personnes se mettaient à créer ensemble - théâtre, costumes, décors - et se révélaient capables de bien plus qu’elles ne l’imaginaient.

Cette histoire m’avait profondément marquée. Elle montrait que le collectif et la création pouvaient redonner confiance, révéler des capacités et changer une trajectoire.

Jean Rouvet était progressivement devenu bien davantage qu’un sujet de recherche. Je considérais ce travail comme une œuvre intellectuelle que je tissais patiemment, en reliant des archives, des témoignages et des fragments d’histoire dispersés. Laisser cette recherche derrière moi a donc été difficile. J’avais le sentiment d’abandonner quelque chose qui m’appartenait profondément et que je n’avais pas fini de construire.

Pourtant, le monde universitaire devenait étouffant. Les injonctions, la précarité, les rapports de pouvoir et les perspectives incertaines laissaient de moins en moins de place à la créativité qui m’avait conduite vers la recherche. Je manquais d’air.

Je me suis d’abord tournée vers le test logiciel, puis vers le développement, avec le besoin de retrouver le plaisir concret de fabriquer, d’expérimenter et de voir une idée prendre forme.

À 42, nos deux mondes se sont croisés. Deux parcours atypiques, deux manières différentes d’aborder le code, mais une expérience commune : celle d’avoir dû construire nous-mêmes une grande partie de notre chemin.

En tant que développeurs, nous faisions aussi le même constat. Beaucoup de personnes se lancent avec passion dans le numérique, apprennent seules ou suivent une formation, puis se heurtent brutalement au monde professionnel. On leur demande de l’expérience et des projets solides, tout en leur donnant rarement l’occasion réelle d’en acquérir. Les refus s’accumulent, les projets restent dans les dossiers et la confiance finit par s’éroder.

Nous ressentions également le poids de l’isolement. Coder seul permet d’apprendre, mais il devient difficile de maintenir sa motivation, de prendre du recul sur son travail ou de transformer durablement une idée en projet. C’est souvent grâce aux autres que l’on découvre ses capacités, que l’on ose prendre une responsabilité et que l’on recommence à croire en ce que l’on peut construire.

L’espace dont nous avions besoin n’existait pas vraiment.

Nous avons donc décidé de commencer à le créer.

Un collectif où des personnes aux compétences complémentaires pourraient se rencontrer, apprendre les unes des autres et avancer sur des projets réels. Un espace pour sortir de l’isolement, reprendre confiance et construire une expérience que le monde professionnel ne donne pas toujours l’occasion d’acquérir. Certains pourraient y trouver plus facilement leur place ; d’autres, inventer leur propre chemin.

DevCrush et le Collectif Dev’Lab sont nés presque simultanément de cette rencontre.

Leur point de départ tient dans une conviction simple : créer avec d’autres peut nous aider à transformer nos idées en réalisations concrètes, à retrouver confiance dans nos capacités et à reprendre une part de notre pouvoir d’action sur notre vie comme sur le monde.